Chambre d'Agriculture du Bas-Rhin

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Les pertes de cheptel

Les surmortalités du cheptel apicole, constatées en Europe lors de ces dernières années, touchent également l’Alsace. La moyenne régionale pour les deux hivers 2008-2009 et 2009-2010 est estimée à 30 % de pertes, alors qu’un taux de pertes de l’ordre de 10 % des ruches hivernées peut être considéré comme acceptable. Cette moyenne cache de forts écarts d’un rucher à l’autre : alors que certains apiculteurs perdent moins de 10 % de leurs colonies, d’autres en ont perdu la totalité.

L’enquête réalisée ce printemps 2010 établit les pertes suivantes pour l'hivernage 2009-2010 (tableau 3). L’effectif sondé (6120 colonies) représente 17 % du cheptel apicole alsacien estimé (voir étude complète).   

 

colonies hivernées

% de mortes

% de pertes

ALSACE

6120

28%

34%

Bas-Rhin

2467

22%

28%

Haut-Rhin

3271

34%

41%

Hors région

382

13%

25%

Tableau 3 : pertes hivernales 2009-2010

Le pourcentage de pertes inclut les ruches mortes et les non-valeurs, c’est à dire les colonies malades, bourdonneuses ou trop faibles pour repartir durant la saison.

Les colonies indiquées « hors région » ont été hivernées à proximité de l’Alsace, par des apiculteurs alsaciens.

Télécharger le bilan des pertes 2009/2010

Les scientifiques pointent l’origine multifactorielle de ce phénomène, dont les principaux facteurs connus sont : les maladies, les produits chimiques, les facteurs environnementaux  et certaines (mauvaises) pratiques apicoles. L’interaction de ces différents facteurs en aggrave leurs conséquences respectives.

  • les maladies. Nous assistons depuis plusieurs années, y compris en apiculture, à une mondialisation des parasites et des agents pathogènes. Sont ainsi apparus en Europe Varroa destructor, Vespa velutina, Nosema ceranae et de nombreux virus (liste non exhaustive), qui viennent compléter la liste des agents pathogènes habituels. Le Varroa, par exemple, est considéré par la plupart des apiculteurs comme leur « pire ennemi », du fait du double effet de sa prédation parasitaire et des contaminations infectieuses qu’il favorise (il abaisse les défenses immunitaires et inocule des virus). La maîtrise de ce parasite, malheureusement présent dans chacune de nos ruches, est pourtant bien délicate : les acaricides utilisés ne pas toujours bien adaptés ni bien appliqués à nos colonies (ils constituent en outre la principale source de contamination dans nos ruches).
  • les produits chimiques (pesticides), peuvent entraîner deux types d’intoxications :
    • Intoxications aiguës  en cas « d’accident », par exemple lors de l’application d’un traitement en présence d’abeilles sur la parcelle ou à proximité. Les butineuses touchées peuvent ne pas retourner à la ruche ou être retrouvées mortes devant la ruche.  Pas de cas récents en Alsace. Un cas en 2008, dans le Bade-Wurtemberg, lors des semis de Poncho® (clothianidine) réalisés avec du matériel inadapté (semoirs et enrobages non conformes), qui entraîna la mort de plus de 12 000 colonies.
    • Intoxications chroniques : pollutions diffuses, qui s’accumulent et interagissent. Risques d’effets sublétaux, c’est à dire de troubles comportementaux (réflexes, orientation, capacité de retour à la ruche), de troubles physiologiques (stress énergétique, paralysie, incapacité de vol) ou encore d’affaiblissement du système immunitaire de l’abeille.
  • les facteurs environnementaux : perturbations de l’alimentation de l’abeille. Les pertes de biodiversité végétale liées à la simplification des milieux entraînent une baisse des apports nutritifs, à la fois en quantité (périodes de disette entre deux miellées) et en qualité (carences nutritives pour certains acides aminées), alors même que les besoins sont accrus (par le stress énergétique dû aux pathogènes). Par exemple, les études du Pr. Jacobs ont montré la pauvreté du pollen de maïs en mettant en évidence la baisse de la durée de vie des abeilles élevées à partir de bouillies larvaires composées de pollen de maïs.
  • certaines pratiques apicoles, tels que des transhumances, des élevages de reines, la constitution d’essaims, etc. peuvent être réalisées dans des conditions éprouvantes pour les colonies. Cela n’est pas le cas pour tout le monde, mais cela reste une réalité de terrain. Citons également des manquements à la prophylaxie, l’utilisation de produits non homologués pour traiter le Varroa et l’accumulation dans la ruche de produits de traitements contre les pathogènes (dont certains ont une action larvicide comme quelques produits maintenant interdits, mais aussi le thymol, utilisé en « Bio »).  Enfin, certaines zones géographiques font l’objet d’une « pression apicole » importante, mettant en compétition plusieurs ruchers pour des ressources parfois faibles. Le cas des miellées de sapin en est caractéristique de cette situation, qui favorise les pillages entre ruches et la dispersion des maladies.

La recherche investigue actuellement les problèmes liés aux intoxications diffuses et aux interactions entre les différents facteurs précédemment cités. Pour aller plus loin, vous pouvez lire à ce sujet :

« Iridovirus and Microsporidian Linked to Honey Bee Colony Decline » J.J. Bromenshenk et al., PloS ONE (2010) ou encore  « Interactions between Nosema microspores and a neonicotinoid weaken honeybees », C. Alaux et al. , in Environmental Microbiology (2009).

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Contact


Alexis Ballis
Chambre régionale d'agriculture Alsace - site du Haut-Rhin
Tél : 03.89.20.97.46
 

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